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Communication de Karim Djoudi, Ministre des Finances, lors de la Conférence des Nations Unies pour le Développement Durable.

Panel 2 : Changements dans les modes de production et de consommation dans un contexte de changement économique structurel

Conférence des Nations Unies pour le Développement Durable

Rio de Janeiro (Brésil), 21 juin 2012.

Je remercie son Excellence, Monsieur Guide Mantega, Ministre brésilien des Finances, pour son invitation. Le thème de ce travail fait émerger une  série de défis imposés par les retombées des changements climatiques qui influent directement sur la croissance économique, notamment dans les pays fortement tributaires des secteurs vulnérables au climat, d’une part, et par la nécessité de réduire les inégalités sociales dans le processus de croissance d’autre part. 

Deux questions émergent de la problématique posée : 

  1. celle des enjeux et attentes du basculement d’un mode de croissance évacuant l’économie verte  et l’économie inclusive à celui l’intégrant ; 
  2. celle des contraintes et enjeux financiers.

Pour les enjeux et attentes,  il est entendu  qu’ils sont nombreux eu égard au fait que cela implique une transformation radicale de nos économies.

Dans un contexte de crise économique et financière où l’activité économique se réduit, des faillites d’entreprises s’accroissent, les échanges commerciaux et d’investissement se réduisent, les tensions sociales augmentent, et l’espace budgétaire s’estompe, les Etats recherchent des réponses à court terme à leurs difficultés devenues quotidiennes et permanentes.

Tout basculement sur un nouveau régime de croissance cadré par les attentes de l’économie verte et inclusive ne peut être que  post - posé. Le temps émerge dans ce contexte comme une contrainte forte tant dans la nécessité d’agir que dans l’impossibilité d’agir immédiatement.

A cet effet, il y a un besoin pour plusieurs pays d’optimiser leur croissance, de répondre rapidement à la demande d’emplois particulièrement des jeunes, de distribuer des revenus et  d’élargir la protection sociale. Toutefois  la manière  de substituer un régime de croissance à un autre  peut limiter ses objectifs, ou tout  au moins nécessiter plus de temps. 

Ceci est d’autant plus significatif pour les Pays en voie de développement qui ont besoin  de rattrapage  en matière de développement, tout en intégrant la problématique de l’économie verte et inclusive. 

Les pays en voie de développement  ne  peuvent se permettre de réduire leur développement, la croissance de leur activité et de l’emploi. Pour ce faire, il faut compenser cette baisse d’activité  dans son rythme et il est de la responsabilité des pays ayant atteint le seuil de développement requis et ayant rejeté le coût de leur développement sur l’environnement mondial d’en assurer le financement.

En effet, autant les enjeux à long terme sont vitaux, pour l’humanité autant les modes opératoires et les moyens nécessaires pour y parvenir surtout pour nos pays, nécessitent des efforts considérables sinon colossaux.

Toutefois, reconnaissons que des efforts sont déjà entrepris mais pas dans un cadre stratégique global et intégré, que je qualifierai  plutôt ces changements de transition vers une économie verte et inclusive. Cette dernière nécessiteraune plus grande impulsion, une dynamique importante et soutenue et une vision à plus long terme.

Dans un ordre de priorisation des actions ; 

Face à cela, s’affichent des contraintes et enjeux financiers.

En Afrique on estime entre 10 milliards et 30 milliards de dollars par an jusqu’à 2030, les investissements nécessaires pour faire face aux changements climatiques auxquels doivent s’ajouter ceux liés à l’économie inclusive  telles les  écoles, universités – hôpitaux, ressources hydrauliques. Sinon c’est plusieurs points de croissance en moins (pouvant aller jusqu’à 10%). La juste rémunération des matières premières, le libre accès aux marchés et la coordination pour un système  financier international stable constituent des cibles intermédiaires à un meilleur financement du développement des pays du Sud.

Aujourd’hui, la contraction de la demande globale conjuguée à une rétention des flux financiers accentue fortement la contrainte de financement des actions vers une économie verte et inclusive.  Pour ce faire, La fluidification des financements nécessite la promotion des fonds de garantie adossée aux banques régionales d’investissement pour lever des fonds.

Les budgets des Etats se doivent d’assurer l’essentiel du transfert de ressources vers les objectifs retenus, par le soutien et le financement d’investissements publics seuls ou publics/privés. La notion d’investissement social devant figurer en bonne place.

En la matière, le secteur privé est très souvent réticent s’agissant d’investissements à long terme et souvent risqués par nature.

Les infrastructures devraient cependant privilégier le partenariat public – privé selon une discipline de prix et de rentabilité acceptée par le privé. Les règles régissant les attributions des marchés publics doivent intégrer la dimension de l’économie verte et de l’économie inclusive.

Concernant la «Taxe Carbone», l’Afrique émet une proportion infime (- de 5%) de gaz à effet de serre et ne peut accepter d’être taxée pour des retombées sur le climat, dues aux processus de production qui ont été développés par les pays avancés.  

L’impact financier doit être pris en charge par les pays développés qui sont à l’origine du changement climatique actuel et dont les effets négatifs grèvent les budgets des pays les moins avancés et constituent des goulets d’étranglement pour leur développement.

L’Algérie reste solidaire avec la démarche africaine qui consiste à asseoir le financement de l’économie verte sur le principe « pollueur-payeur ».

En stock et en flux, les plus grands émetteurs de Carbonne assument une responsabilité historique qui doit se traduire par un soutien financier aux pays en voie de développement  qui s’inscrivent  sur ce nouveau sentier de croissance. Cette aide pourrait déjà apparaître dans un traitement courageux et volontaire de la dette des Etats, dans un transfert gracieux de compétence et de savoir faire et dans la non soumission aux mêmes obligations financières.

Je saisis cette occasion pour vous annoncer qu’en matière d’Aide Publique au Développement, l’Algérie a procédé, durant les années 2010-2011, à un effacement  de la dette qu’elle détenait sur 13 pays africains.

Les pays en développement n’ont pas  les mêmes contraintes, ils ont à faire face à la pauvreté, les maladies endémiques et une ressource financière instable. Pour ce faire, le passage doit être différencié et graduel ou sein d’un ordre  économique plus juste.

Outre l’aspect physique, l’atteinte des objectifs oblige à un transfert de savoir faire.  Le transfert de technologie étant au cœur de la problématique.

Comment est abordée la problématique en Algérie pour l’économie verte et l’économie inclusive ?

En Algérie l’économie verte est abordée au plan institutionnel par un Ministère, des agences et des fonds d’investissement assis sur une stratégie à long terme, visant l’ensemble du territoire nationale.

Cette vision s’est déclinée en une ambitieuse stratégie nationale de l’environnement qui a pour objectif un aménagement du territoire conforme à un développement durable adéquat.

Le plan de gestion et du développement des ressources hydriques permettra de faire évoluer à l’horizon 2015 la mobilisation des ressources hydraulique.

Le programme de développement et de densification du réseau de transport ferroviaire électrique constitue une option pour la protection de l’environnement.

La mise en œuvre du programme de  gestion des déchets constitue, également, une action visant la réduction qualitative et quantitative des émissions de gaz à effet de serre.

Les sources de pollution ont été ciblées et des investissements ont été réalisés pour réduire les rejets nocifs tels des cimenteries.

Une batterie de taxes fiscales et parafiscales sanctionne le pollueur et sont  affectées au financement de projet à vocation « économie verte ».

Pays pétrolier et gazier, l’Algérie dispose d’un désert important exploité sous différent aspect y compris agricole. Un programme  d’énergie électrique issu des énergies renouvelables (pour l’essentiel solaire) a été lancé et qui fixe à échéance 2030, la production de 40% des besoins domestiques en électricité par cette source d’énergie.

En outre, la construction de nouvelles villes à l'intérieur du pays, abritera plusieurs sites consacrés aux énergies renouvelables.

En tout état de cause, l’Etat par son budget et sa politique  fiscale conduit ses actions.  L’économie inclusive abordée sous l’angle des transferts sociaux, éducations, eaux, routes, santé, agriculture etc. est intégrée au travers de plans d’équipement public, qui ont amélioré les indicateurs humains de la population et fixé les populations sur leur territoire. Des fonds d’investissement régionaux, participent  à corriger des besoins de rattrapage,  12% du PIB est consacrée aux transferts sociaux.

Au plan de la participation de la jeunesse dans l'activité économique, plusieurs dispositifs d'emploi sont fonctionnels et des facilités en matière d'accès aux crédits et de garantie des prêts bancaires ont été mises en place au profit des jeunes promoteurs.

L’égalité  hommes et femmes est consacrée comme principe et objectif, tous les métiers sont ouverts aux femmes. Les femmes sont en train de gravir les différents échelons et cela à tous les niveaux et à titre illustratif, les législatives du mois de mai 2012 ont conforté cette tendance puisque 30% des élus de l’Assemblée Nationale sont des femmes.

Pour conclure, je voudrais insister sur le rôle important du financement adéquat et soutenu, du transfert des technologies et du renforcement des capacités humaines et institutionnelles qui constituent, indéniablement, les conditions nécessaires pour une effective transition vers un changement économique structurel.





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