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Interview accordée par Monsieur le Ministre des Finances, Karim Djoudi à l'APS le 21 septembre 2013

Le ministre des Finances, Karim Djoudi, a souligné dans une interview accordée à l’APS, l’engagement du gouvernement à veiller aux équilibres budgétaires notamment à travers des mesures contenant les dépenses de fonctionnement de l’Etat.

 

Le ministre des Finances, Karim Djoudi, l’a souligné dans une interview accordée à l’APS : 

Engagement du gouvernement à veiller aux équilibres budgétaires

Monsieur le ministre, l’Algérie a engagé une dépense publique massive et l’équilibre budgétaire fortement dépendant des hydrocarbures requiert, notamment depuis 2011, un prix de référence du baril de pétrole plus élevé. Ne craignez-vous pas des difficultés futures dans la gestion de la dépense publique ? Comment faire face à la vulnérabilité du budget ou en d’autres termes, comment garantir sa soutenabilité à long terme ?


L’évolution de la situation budgétaire s’est caractérisée, ces dernières années, par une augmentation, sans précédent, des dépenses publiques engendrées par l’émergence d’une demande soutenue en termes à la fois d’équipements publics, de prise en charge des dépenses de fonctionnement liées à ces programmes, et, enfin, en termes d’effets induits par les décisions visant à améliorer le pouvoir d’achat des fonctionnaires et des catégories démunies.
De 2001 à 2004, sur une base effective d’encaissement et de décaissement, les équilibres du Trésor ont été réalisés sur la base d’un prix de référence de 19 dollars US/baril. En 2006, les équilibres ont nécessité un recours au Fonds de Régulation des Recettes (FRR) pour un montant de 710 milliards de dinars et le réajustement du prix de référence du baril à 37 dollars US au lieu de 19.

Certes, le déficit du Trésor s’est aggravé en 2008 avec 1.224 milliards de dinars et s’est creusé encore plus en 2012 pour atteindre un déficit de 2.283 de dinars.
Le prix d’équilibre du baril de pétrole a évolué de 67,3 USD en 2008 à 99 dollars US en 2012. Pour 2013, le déficit, en prévision de clôture, enregistre un repli substantiel pour s’établir à 1.138 milliards de dinars pour un prix d’équilibre situé à 71 dollars US le baril.
Dans le cadre de la mise en œuvre des décisions éminemment politiques qui ont induit les augmentations des dépenses publiques, le gouvernement ainsi que le ministère des Finances se doivent de garantir les équilibres budgétaires dans ce cadre en contenant les dépenses de fonctionnement de l’Etat.
Notons que l’accroissement des dépenses ne tient pas seulement aux augmentations des salaires dans la fonction publique et aux transferts sociaux, il est aussi lié aux charges récurrentes générées par la réception des nouveaux équipements publics réalisés dans le cadre des programmes d’investissement engagés depuis 2001.
Dans un tel contexte et eu égard au rôle qui est dévolu au département des Finances, celui-ci s’est attelé à rappeler, tant dans les présentations de loi de finances que dans les notes régulières qu’il diffuse, la nécessité de conduire avec prudence la politique budgétaire, car elle est déterminante dans la formation de la croissance économique.
A noter aussi que dans l’état actuel de notre économie, une réduction de nos dépenses d’équipement impacterait immédiatement et de manière négative la croissance, particulièrement dans les secteurs du bâtiment et des travaux publics, détruirait l’emploi et réduirait le pouvoir d’achat des citoyens.
Ainsi donc, l’enjeu consiste à préserver l’équilibre budgétaire à moyen terme sur la base d’un prix acceptable du baril de pétrole permettant à la fois de sauvegarder les intérêts des générations futures tout en stimulant la croissance économique.

Monsieur le ministre, ne serait-il pas justement judicieux d’utiliser l’épargne budgétaire accumulée pour stimuler la croissance économique du pays ?


Depuis une décennie, la gestion prudente des finances publiques a permis de consolider l’épargne publique laquelle, logée dans le Fonds de Régulation des Recettes (FRR) est passée de 171,5 milliards de dinars en 2001 soit 4% du PIB, à 2.931 milliards de dinars en 2006 représentant 34% du PIB puis à 5.634 milliards de dinars en 2012 soit 35% du PIB.
Cette gestion prudente a aussi permis de réduire le ratio de la dette publique intérieure par rapport au PIB qui est passé de 23,6% en 2001 à 8,3% en 2012.
Concernant la dette extérieure, le résultat est encore plus explicite puisque son encours est passé de 18,1 milliards USD en 2001 à 402,5 millions USD en 2012, soit de 33,1% du PIB en 2001 à 0,2% en 2012.
En fait, le véritable enjeu pour la stimulation de la croissance se situe au niveau du financement de l’économie hors hydrocarbures. Dans ce sens, les banques jouent un rôle primordial en accompagnant les acteurs véritables de la croissance que sont les entreprises créatrices de richesse et d’emploi.
Les pouvoirs publics ont apporté une contribution décisive en confortant l’assise financière des banques publiques dans le but d’accroître leurs capacités d’engagement bancaires afin de leur permettre d’accompagner la demande de financement émanant des opérateurs.
Ainsi, le confortement de l’assise financière des banques qui a été assuré par l’Etat à travers la recapitalisation des banques publiques a concouru à un relèvement de la croissance économique, hors hydrocarbures.
Cette croissance, tirée principalement par le secteur du bâtiment et des travaux publics et celui des services marchands, a enregistré des taux très appréciables, dont la moyenne pour la période 2001-2012 s’est située autour de 6% par an. Il reste à consolider ce résultat par une dynamique de croissance endogène.

Le pouvoir d’achat du citoyen, qui s’est nettement amélioré ces dernières années, suites aux différentes augmentations de salaires, a été touché par l’inflation qui a atteint un taux très élevé en 2012 avec près de 10%.
Quelles sont les démarches à entreprendre pour contenir ce phénomène ?

La maîtrise de l’inflation constitue une préoccupation constante du ministère des Finances.
Il faut rappeler que la Loi, en l’occurrence l’ordonnance relative à la Monnaie et au Crédit inscrit l’inflation comme objectif explicite de la politique monétaire que conduit la Banque d’Algérie.
L’action de celle-ci, dans le cadre de l’exercice de ses prérogatives légales, consiste à veiller à la stabilité des prix en tant qu’objectif de la politique monétaire. A ce titre, elle met en œuvre tous les instruments de politique monétaire pour contenir l’inflation dans des limites raisonnables.
Le gouvernement, pour sa part, met en œuvre une politique de préservation du pouvoir d’achat des citoyens et des populations, grâce à des mesures appropriés qui tendent à limiter l’impact des facteurs à caractère inflationniste. Par exemple, l’effort déterminant de soutien des prix des produits et des services de base a permis le maintien d’une inflation à un niveau raisonnable.
La politique monétaire aiderait à créer les conditions pour que le système bancaire revienne à un fonctionnement conforme aux normes universelles en termes de refinancement et où le marché monétaire reste le principal pourvoyeur de liquidités.
Ainsi, la Banque d’Algérie affinera sa régulation pour mieux contrôler le système bancaire et pratiquer une politique de taux d’intérêt fondé sur le principe du taux d’intérêt réel, condition nécessaire pour une allocation efficiente du crédit afin d’éviter l’accumulation par les banques de créances non-performantes.

Monsieur le ministre, les données du commerce extérieur de l’Algérie, publiées récemment, montrent un emballement des importations. Comment dans ce cadre stimuler une croissance axée sur le développement de la production nationale ?
J’ai toujours rappelé, de façon récurrente, la forte croissance des importations et la nécessité d’accroître l’offre à partir de la production nationale.
Cette forte croissance a été stimulée en partie par les investissements publics et privés ainsi que par l’augmentation de la demande de consommation qui, à leur tour, ont substantiellement accru la demande des biens d’équipements, de biens intermédiaires et de biens de consommation que l’offre extérieure par le canal de l’importation a pu couvrir significativement à ce jour.
Les instruments et les techniques usités dans les transactions de commerce international n’ont pas vocation à réguler les quantités importées. Ils n’agissent que dans le sens d’assurer la sécurité des transactions, de permettre leur traçabilité et de garantir une meilleure transparence.
C’est la vocation du Crédit Documentaire (Crédoc) dont seulement les coûts opératoires sont négociés entre les deux parties, à l’opposé du transfert libre qui ne soumettait à aucun engagement les importations et qui permettait un transfert librement décidé au prix convenu par les parties.
Concernant les éventuels surcoûts inhérents à l’utilisation du Crédoc, il a été demandé par le ministère des Finances à la Banque d’Algérie, dans le cadre de ses prérogatives, d’encadrer les conditions applicables à ces opérations en vue de les réduire.
C’est dans ce cadre que les dispositions du dernier règlement promulgué par la Banque d’Algérie limitent les excès en la matière. Par ailleurs, le développement de la production nationale pour mettre en place une offre plus abondante de produits compétitifs se substituant aux importations est l’objectif assigné à tous les acteurs économiques : entreprises, banques, organismes, et institutions de régulation et d’encadrement…
Dans le cadre de cet objectif, les pouvoirs publics interviennent par la mise en place de mesures incitatives et d’un dispositif de régulation et d’organisation des activités approprié. Il demeure que l’effort de conception, d’innovation et de diversification des biens et services locaux compétitifs doit être complètement assumé par les entreprises en tant qu’acteurs économiques de premier plan.





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